
Qui est cet homme à la longue barbe noire et au regard à la fois doux et pénétrant ? C'est un prêtre issu du peuple de chez nous qui a toujours eu comme idéal la gloire de Dieu et le salut des âmes.
Jeune encore, il se sent appelé au sacerdoce. En conséquence, il étudie au Collège de Lévis. Sa vocation se précise et il continue sa préparation au Petit Séminaire puis au Grand Séminaire de Québec. Il est ordonné le 30 novembre 1878 à l'âge de 25 ans.
Dès le lendemain, il est nommé vicaire à Saint-Gervais, dans la région de Bellechasse. Il commence alors son apostolat auprès des âmes. Il savait gagner les cœurs même les plus rébarbatifs, dit-on.
Après trois ans de ministère, il doit prendre un peu de repos. En 1892, il est nommé curé fondateur de la paroisse de Saint-Damien qui figure alors au calendrier de la colonisation. Tout est à faire.
Le bien spirituel est primordial mais il prend aussi à cœur les intérêts matériels de ses ouailles. Selon les besoins, il devient: conseiller, consolateur, professeur, agronome et même médecin.
Il écoute, il réfléchit, il prie surtout. Les misères parlent haut. Il se laisse envahir dans son être et dans son agir par la compassion de Dieu.
Il faut passer à l'action. Pour qui rêve-t-il d'être « bon Samaritain » ? Pour les pauvres, les vieillards abandonnés, les orphelins et les illettrés de tous âges, parce qu'il reconnaît en eux le visage du Christ souffrant.
Qui peut l'aider, sinon une communauté religieuse ? Il fait des démarches auprès de diverses congrégations du Québec. Toutes les réponses sont négatives. Il confie sa déception au cardinal Bégin qui lui dit finalement : « Faites-vous-en des sœurs ! »
Il lui demande ensuite : »Avez-vous des capitaux pour construire? » Et le père Brousseau lui répond : « J'ai une piastre. »
En effet, sa bourse était à plat mais le cœur ardent de ce pauvre curé de campagne était gonflé de foi, de confiance et d'abandon à la Providence.
La semence jetée en terre le 3 mai 1892 donna son premier fruit le 28 août 1892, alors que quatre femmes généreuses et courageuses revêtaient l'habit religieux des soeurs de Notre-Dame du Perpétuel Secours, dans la petite église de Saint-Damien.
Deus providebit ! Dieu y pourvoira !
Richesse d'espérance ! Les pauvres sont là.
Le 5 septembre, deux religieuses prennent charge de l'école élémentaire de la paroisse. Le 21 novembre, un premier vieillard entre en même temps que les soeurs dans le couvent neuf, même si celui-ci n’est pas achevé de construire. Le lendemain, deux orphelins se présentent à la porte. Deus Providebit !
La confiance ne rassasie pas les affamés. Le père Brousseau quêtera et les sœurs aussi. La Congrégation augmente et les pauvres se multiplient à un rythme qui dépasse les moyens de subsistance.
Joseph-Onésime Brousseau se fera mendiant du pain de la charité. Il frappera à presque toutes les portes des maisons du diocèse de Québec durant 29 ans.
J.O.B. Ses initiales l'identifient au pauvre Job de la Bible. Son métier de « quêteux » en soutane lui sera toujours pénible.
Sa messe sera le tremplin de chaque jour, son bréviaire, sa consolation, son chapelet, son compagnon de route, sa méditation au pied du Saint-Sacrement, son repos.
Sa dernière quête date du 7 avril 1920, onze jours avant son décès à l'âge de 66 ans.